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Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?
Les bons scénarios sont rares. Celui-ci se démarquait dès les premières lignes par sa qualité d’écriture, l’originalité et la force de son sujet. Il y avait quelqu’un derrière, je l’ai senti aussitôt, donc le choix de faire ce film a été évident pour moi. Et puis il y a un beau personnage. J’aimais bien l’idée de jouer une infirmière. J’aimais beaucoup la brutalité qu’elle a en elle. Il a quelque chose de naturel pour moi dans sa façon d’être. Ce personnage de Fred est différent de tous ceux que j’ai pu approcher auparavant. C’est beau de partir de cette fille si noire au départ pour aller vers cet optimisme. C’était important pour Jeanne Waltz. Le film ne raconte pas l’histoire d’une fille qui est en train de sombrer, mais qui au contraire trouve le désir de s’en sortir. C’est très intéressant que ce soit par ses propres moyens. On la prend au bord du suicide, et on assiste à sa « régénérescence ».
Ce mot est tout à fait approprié, le film n’est pas psychologique, il privilégie davantage la dynamique du personnage.
Oui, de renaître à partir de ses propres forces. Cette jeune femme ne suit pas une thérapie avec un psychologue, elle ne va pas « se reconstruire » dans les Ateliers Bleus ! Elle retrouve sa force en elle, et aussi, grâce sa rencontre avec ce gamin, Marco. Ce sont toujours les rencontres qui nous aident et nous renforcent dans la vie.
Ce personnage de Fred est difficilement définissable. Elle nous touche, on a envie de la connaître, de la comprendre.
La beauté de ce personnage tient précisément à sa complexité. La douceur avec laquelle elle exerce son métier contraste avec l’âpreté de sa vie personnelle. C’est vraiment rare au cinéma que des personnages soient présentés avec une telle ambiguïté, ils sont souvent faits d’une seule pièce, ou nettement moins nuancés. On sait bien pourtant que la nature humaine est complexe… Fred est attentionnée auprès de malades qui sont confrontés à la dureté extrême, à la mort. Elle leur apporte de la douceur et endosse leur souffrance. Fred est reconnue comme pouvant supporter ce qu’il y a de plus dur, « Toi, ça ne te fait rien les morts », lui dit une de ses collègues. Elle est douce, attentionnée mais lucide. Et lucide vis-à-vis d’elle-même. D’où cette réelle brutalité qui est en elle.
Vous avez approché le milieu hospitalier pour les besoins du rôle ?
Un peu, Jeanne Waltz y tenait. J’ai pu me rendre compte de la difficulté du métier d’infirmière. On prend tout sur soi, et bien qu’on s’occupe d’eux, les malades ne sont pas toujours gentils ni reconnaissants. Mais Fred n’est pas dans la fausse compassion. On le voit par exemple dans la scène où elle dit à un malade qui va être amputé de la vessie, « il va falloir que vous vous habituiez à pisser dans une poche ! » On croit toujours que les gens forts peuvent tout endurer, on se dit, « c’est bon, lui on peut tout lui dire … », mais au bout d’un moment, c’est trop ! Fred a une grande pureté en elle, elle ne veut pas être touchée par la souffrance qu’elle côtoie au quotidien, par cette vérité qu’est la mort, mais elle est quand même profondément affectée.
Vous-vous reconnaissez dans cette facette du personnage ?
Il y avait quelque chose d’extrêmement naturel pour moi à entrer dans ce personnage. Je ne suis pas infirmière, ni Mère Teresa, mais il m’arrive d’être vraiment à l’écoute, d’être offerte à quelqu’un si je sens qu’il en a besoin. A ce moment-là, je prends beaucoup sur moi et rien d’autre n’existe. Mais après, je peux me retrouver dans un drôle d’état … Maintenant ça m’arrive de me montrer
parfois plus fragile parce que sinon, on encaisse, on encaisse tout, et c’est impossible, il faut mettre une barrière pour se protéger un peu.
Quelles sont les causes du mal être de Fred ?
Elle est seule. Elle n’est pas encore vraiment tombée amoureuse parce qu’elle n’a pas trouvé quelqu’un qui était à la hauteur de ses espérances. Fred a un désir d’absolu. A 25 ans, elle n’est plus une gamine. On imagine qu’elle a déjà eu des expériences malheureuses. Elle a déjà tout vu ! Elle en arrive à se dire, à quoi bon continuer à vivre comme ça pendant encore cinquante ans ? Avec son petit salaire d’infirmière, elle a tout juste de quoi se payer son appartement. Il y a le poids de sa solitude, elle n’a personne qui compte dans sa vie et en qui elle croit. En plus, elle est rejetée par son père avec lequel elle a dû avoir une relation très forte. Je la comprends. Fred ce n’est pas une fille fragile qui ne sait pas ce qu’elle veut, ni ce qu’elle fait. C’est une fille forte qui est prête à tout pour trouver ce qu’elle cherche.
Elle ne veut pas brader sa vie, ni son désir
Oui, elle sait très bien ce qu’elle veut, mais elle ne le trouve pas là. Elle veut simplement quelqu’un qui l’aime. Elle ne transigera pas là-dessus. C’est dur de ne pas vivre pour quelqu’un, beaucoup de gens connaissent ça.
On la voit traîner dans un bar avec deux garçons. Que recherche-t-elle dans ces rencontres de hasard ?
Rien. Elle n’a rien là dans la tête à ce moment-là. Ce n’est pas du tout une fille qui calcule, qui se dit, « tiens, je vais me taper deux mecs », mais alors pas du tout. Elle entre dans ce café parce qu’il est juste en face de l’hôpital. Ce soir-là, elle se bourre un peu la gueule, elle rencontre deux types, elle les trouve charmants, eux ils savent s’y prendre, alors voilà. Je ne pense pas du tout qu’elle a des arrières pensées. Il aurait suffi qu’ils lui disent un truc qui ne lui plaise pas pour qu’elle parte. Ça tient à peu de choses … à rien.
On a l’impression qu’elle prend plus qu’elle ne se donne avec ces deux garçons. Là, elle n’est « pas douce »…
Oui, mais ça, c’est tant pis pour eux, ils n’ont qu’à se débrouiller avec ce que donne la fille ! Il n’y a aucune raison qu’elle s’offre. En plus, à partir du moment où elle se donnerait un petit peu, elle se donnerait toute, parce que cette fille est comme ça. Et là, ce n’est pas le grand amour. De toute façon, sans être féministe, je crois qu’une femme se donne toujours plus qu’un mec !
Comment expliquez-vous son geste désespéré ?
Fred agit dans l’instinct de sa vérité. Elle est toujours au cœur de l’essence de sa vie. Je ne pense pas qu’on trouve des livres de Freud dans sa chambre ! Elle n’analyse pas tous ses comportements. Quand on est dans le sentiment que tout va finir, on est plongé dans un tel état, dans un tel vide, plus aucun mot ne passe par la tête. Ce n’est pas du tout par faiblesse qu’elle se suicide. Même si elle ne le fait pas finalement, il faut être fort pour aller jusque-là. Et puis, utiliser un fusil et tirer, c’est violent. En m’entraînant, j’ai pu me rendre compte de la force de concentration que cela exige et, à chaque tir, la déflagration et le contrecoup sont extrêmement puissants. J’aimais bien, c’est très grisant, mais il ne faut pas être fragile.
L’incident avec le jeune Marco va la faire réagir autrement.
Dans un premier temps, le seul fait de devoir prendre soin de ce gamin va lui donner une raison de vivre d’une certaine façon. Les malades dont elle s’occupe, finalement ce sont des anonymes, alors que là tout d’un coup, il y a quelqu’un qui est reconnaissant de ce qu’elle fait pour lui. Entre Fred et Marco, il y a un effet miroir, ils partagent la même douleur. Ils s’inquiètent l’un pour l’autre. Ils éprouvent une sorte d’amitié fraternelle. Ils ont le sentiment de ne plus être tout à fait seuls au monde, en tout cas pendant un temps. Après, Fred va continuer sur cet élan. Sa relation avec Marco montre qu’elle est à présent capable de s’ouvrir à d’autres rencontres. Cette évolution est positive.
On vous sent très motivée par ce personnage. Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle ?
Je ne réfléchis pas plus que cela en amont, pour moi, le personnage se construit dans le présent du tournage. Ce qui m’importe, c’est de décrocher le moment de vérité pendant la prise. C’est physique, c’est une histoire d’énergie et d’excitation. Pour cela, je ne dois surtout pas prévoir comment je vais jouer. J’ai souvent retravaillé avec des metteurs qui m’avaient déjà dirigée, ce qui entraîne parfois des relations amicales, des liens forts qui créent une tension même entre les prises. Là, c’était très agréable et reposant parce que je ne connaissais pas Jeanne Waltz, on était donc uniquement en prise directe sur le travail. Très vite, j’ai su interpréter ses sentiments sur la scène que je venais de jouer, avant même qu’elle parle. Je travaille vraiment en fonction du metteur en scène. Notre exigence était, pour toutes les deux, d’être dans la vérité de l’énergie du personnage à chaque instant.
2007 Capitaine Achab Philippe Ramos
PAS DOUCE Jeanne Waltz
2006 L'intouchable Benoît Jacquot
U Serge Elissalde
2005 Back stage Emmanuelle Bercot
Camping sauvage Christophe Ali, Nicolas Bonilauri
2004 A tout de suite Benoît Jacquot
La ravisseuse De profundis Antoine Santana
2003 Petits mythes urbains Florian Von Donnersmark
Le coût de la vie Philippe le Guay
« La maison du canal » (TV) Alain Berliner d'après Georges Simenon
« Princesse Marie - Marie Bonaparte » (TV) Benoît Jacquot
2002 Adolphe Benoît Jacquot d'après Benjamin Constant
2001 Un moment de bonheur Antoine Santana
La nuit de noces (Court métrage) Eliette Abécassis
La repentie Laëtitia Masson
2000 Adieu Babylone Raphaël Frydman
Les filles ne savent pas nager Sophie Birot
Roberto Succo Cédric Kahn
1999 « Une fille rebelle » (TV) Arnaud Sélignac, Michaëla Watteaux
Sade Benoît Jacquot
1998 « Le choix d'Elodie » (TV) Emmanuelle Bercot
La puce (Moyen métrage) Emmanuelle Bercot
1997 Anniversaires Anne-Sophie Rouvillois
Les amis de Ninon Rosette
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1990 Lacenaire Francis Girod
2006 Charly
2005 Le regard d'un enfant (Court métrage)
Voyage a coin de la rue (Court métrage)
2004 Demi-tarif
